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Interview de Peter Cavaciuti, 1917

Peter Cavaciuti cadreur et opérateur steadicam nous raconte son expérience sur la préparation et le tournage de 1917.

Tu as travaillé sur le James Bond « Skyfall » avec Sam Mendes et Roger Deakins en 2012. Quelle a été la dynamique de travail entre Deakins / Mendes / Toi et Charlie Rizek sur 1917 ?

Sur 1917 Roger avait planifié tous les plans depuis des semaines avec Sam ; Nous avions testé tous les équipements possibles et nous savions exactement quel outil utiliser avant de commencer à répéter une scène. Il y avait bien sur de la place pour les suggestions mais tous les plans avaient été vraiment bien planifiés par Roger et Sam. 

Roger Deakins DOP

Je présume que Roger a cadré lui-même les répétitions avec Mendes et les acteurs pour trouver exactement les plans et le rythme. A t’il été difficile de les reproduire ?

Les tests nous ont permis de planifier et déterminer quels équipements utiliser à quels moments, mais certains plans étaient très difficiles techniquement et physiquement à cause de la distance à couvrir et des obstacles à éviter.
Roger et James Deakins nous ont décrit l’environnement des plans qui devaient avoir lieu dans les tranchées, elles seraient très étroites et nos deux protagonistes devaient pouvoir se déplacer rapidement devant la caméra, parfois loin d’elle, les figurants devaient pouvoir passer devant et derrière la caméra. La Tranchée Sauchiehall qui s’introduit dans la tranchée Comms Down par exemple était large d’un peu plus de 2’6’’ (70cm) à hauteur des épaules et se rétrécit à 18’’ (50cm) au niveau des pieds, la tranchée était peuplée de soldats qui devaient y passer. Il m’a semblé clair qu’une grande part de mon attention serait prise à gérer mes déplacements dans les tranchées, éviter les collisions avec la tranchée elle-même et ses occupants. Sur certains plans, nous courrions devant les acteurs et nous passions derrière eux à un moment donné dans la continuité de la prise. 
Peter Robertson et moi avions joué avec le Stabileye de Dave Freeth’s sur le Steadicam pendant que nous tournions sur « Now You See Me 2 », et nous avons été impressionnés par le résultat, mais nous avons dû attendre 1917 pour totalement l’éprouver sur le Steadicam. Mettre le Stabileye (une nacelle stabilisée très sophistiquée) sur le Steadicam semblait être une bonne solution au challenge des tranchées étroites. Roger pourrait opérer le Stabileye pendant que je négocierais moi-même les déplacements du RIg dans les tranchées, courir vers l’avant pendant que je pointais la caméra vers l’arrière marchait très bien. J’ai du mettre la caméra bien au dessus de mon épaule pour éviter qu’elle rentre dans le champ. Inévitablement le Rig ou moi-même sommes rentrés en collision avec les tranchées ou les soldats de temps en temps, mais la combinaison du Stabileye et du Steadicam a très bien fonctionné !

De gauche à droite : Peter Cavaciuti, Roger Deakins, Sam Mendes

Quel type de Tête Stabilisé et de grue ont été utilisé ?

Nous avons utilisé la tête Libra sur la grue et la Mini Libra sur une moto électrique une seule fois. Le Stabileye a été utilisé plusieurs fois avec la Technocrane.
Nous avons testé une série de combinaison de montage du Stabileye sur le Steadicam, directement sur le sled ou sur le bras, ou avec un Easyrig. Au final la meilleure méthode fut de mettre le Stabileye sur le sled avec un isolateur de vibration entre les deux. Nous avons testé d’autres systèmes mais le combo Steadicam - Stabileye et le Trinity étaient les plus adéquats à la demande du film.

Charlie Ryzek et Roger Deakins

Charlie Ryzek a travaillé sans relâche sur la recherche d’autres combinaisons d’outils pour la caméra avec Arri et Chris Edwards d’Optical Support, ils ont aidé à augmenter la distance possible pour connecter les Trinity Wheels qui permettaient de gérer le tilt du Trinity à distance. Dave Freeth a aussi dû adapter le Stabileye pour qu’il soit opérable aux distances nécessaires pour le tournage.

Chris Edwards d’Optical support et moi même avons parlé de faire un Sled plus compact et pratique. On a décidé de placer un moniteur sur le gimbal directement comme sur le Trinity. Ainsi je pouvais enlever le moniteur standard et le système de battery. Ce qui produisait un sled beaucoup plus compact et permettait de moins encombrer le plateau et les acteurs à proximité. Chris a développé le sled Dragonfly, qui a la capacité de monter des gyroscopes et a un système d’attache des batteries plus compact.

Tous les systèmes de stabilisation existant aujourd’hui ont été utilisé sur ce film, du Steadicam au Trinity en passant par les nacelles de stabilisation et les grues. Comment le choix a été fait pour chaque outil ?

Roger a choisi chaque système lors des répétitions les mois et semaines avant le tournage. Là où la caméra avait besoin de monter haut et de descendre bas, nous avons souvent utilisé le Trinity, si le plan nécessitait de finir sur une grue nous avons utilisé le Stabileye, nous avons utilisé le Steadicam « normal » lorsque le décor était petit par exemple.

La combinaison Stabileye sur Steadicam fonctionnait aussi très bien dans les tranchées de la ligne de front. Il y eu beaucoup d’explosions SFX auxquelles je devait faire face qui pouvaient normalement poser des problèmes beaucoup plus grave à cause de ma vision entravée par la poussière et les débris qui tombent des explosions ; avoir le Stabileye sur le Dragonfly m’a permis de me concentrer sur le timing de l’action et du dialogue, je n’avais pas à me soucier de la stabilité fine puisque le Stabileye en prenait soin tandis que Roger pouvait cadrer à distance.
C’était tout aussi efficace dans les scènes dans la tranchée Holding Pen où Schofield brandit la lettre au lieutenant Hutton. La tranchée était remplie de soldats et je devais faire un mouvement à 360 degrés tout en négociant un sol de gravats très dur. Je pouvais donc me concentrer sur mon timing avec le dialogue, la hauteur de Caméra, la position, les acteurs et certains obstacles tout en avançant avec la caméra pointant vers l’avant en finissant caméra pointé vers l’arriere au dessus de mon épaule. En sortant de la tranchée Holding pen, Schofield courant vers moi je pivotais dans un coin autour de lui en le suivant dans une tranchée jusqu’au Capitain Irvin.

Au vue de ta longue carrière de cadreur et opérateur steadicam, Que penses tu du trinity ?  
 
Le Trinity est un outil merveilleux. Comment passes-tu du low au high mode avec un Steadicam ? J’ai maintenant le Trinity et le Steadicam. J’apprends encore avec le Trinity ce n’est pas facile !

Peter Cavacuiti au Trinity

Quel était le plan le plus difficile à faire pour toi ?

Je me souviens d’avoir discuté avec Roger de quelques prises sur la difficulté de cadrer l’effondrement du bunker allemand, c’était presque impossible, vraiment ! Je n’ai jamais eu autant de débris et de poussière lors d’un tournage ! Ça a été lâché sur moi, devant moi, derrière moi, c’était partout ! J’avais mon Steadicam avec le stabilisateur Volt. J’ai demandé à Ryan Taggart notre 1er assistant caméra et Guido Cavaciuti notre 2ème AC de prévenir la production que l’ensemble du sled et de la caméra devraient être démontés et nettoyés respectivement par Optical support et Arri le lendemain, bien sûr, nous avons mis autant de protection sur le sled et la caméra que nous le pouvions, mais inévitablement de la poussière est entrée. Heureusement, rien n’a cessé de fonctionner. À un moment donné vers la fin de la prise de vue, j’ai dû faire un panoramique à 180 degrés, marcher en arrière en pointant vers l’avant tout en suivant Blake et Schofield avant de sortir du bunker. Beaucoup de débris ont été lâchés et j’étais complètement aveuglé et désorienté, je ne savais pas où étaient les côtés des murs. Je comptais sur Gary Hymns pour me faire traverser cette section du bunker. En fait, sans Gary, le plan n’aurait pas été réalisable.

As-tu atteint une limite physique lors du tournage ? Et si oui, y a-t il un moyen de l’éviter ?

J’ai rencontré Roger et James deakins à l’automne 2018 quand ils m’ont demandé de les rejoindre sur 1917. C’était clair depuis le départ que le film serait très physique pour les cadreurs, j’ai donc immédiatement commencé à m’entrainer plus que d’habitude. Pendant que j’étais en préparation et en tournage sur 1917, Gary Hymns notre chef machino était un coureur averti, je suis donc souvent sorti courir avec Gary le soir et ensuite je faisais ma session de gym habituelle.
J’ai augmenté mon régime et mes exercices des mois à l’avance. Je cours régulièrement, vais à la gym et fait du pilates. C’est un mode de vie ! C’est le seul moyen de rester en forme, ce n’est pas facile !

Sur quel projet travailles tu en ce moment ?

Je suis à Malte sur une histoire de Jesus réalisé par Roland Joffè avec John Mathieson à la lumière.

Un grand merci Peter Cavaciuti pour le partage de cette expérience unique !

Interview de Marc benoliel et Antoine Struyf

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